Les archives institutionnelles des Archives de l'Etat à Gand couvrent plus de deux siècles. De l’héritage chaotique de l’Ancien Régime au château de Gérard le Diable, en passant par le déménagement vers la rue Bagatten : les archives montrent comment une institution de conservation se réinvente sans cesse.
Les dépôts des Archives de l'Etat reçoivent, conservent, ouvrent à la recherche… non seulement des archives, mais ils en produisent également eux-mêmes dans le cadre de leurs activités. On parle alors des « archives des archives ». Ces archives, qui documentent le fonctionnement du service, ne sont généralement pas considérées comme prioritaires. À tort, en réalité, car ces archives offrent un aperçu fascinant du fonctionnement de l’institution, plus précisément de ses défis logistiques et scientifiques, ainsi que de la prise de conscience croissante de l’importance des archives dans notre société.
Tous ces éléments se retrouvent dans l’inventaire récemment publié des AE à Gand (1800-2015). Ce dépôt dispose d'archives propres particulièrement riches, qui remontent à la période de sa fondation sous le régime français. L'inventaire s’achève avec le déménagement – et l’extension de taille y afférente – vers la rue Bagatten. Les bases de cet inventaire ont été posées par Mathijs De Worm, stagiaire en archivistique, et le traitement des archives poursuivi par les archivistes Annelies Somers et Joke Verfaillie.
Ce fonds constitue une mine d’or pour quiconque souhaite comprendre comment et dans quel contexte un dépôt des Archives de l’État dans les Provinces a fonctionné deux siècles durant. Des séries générales telles que la correspondance et des procès-verbaux documentent le fonctionnement quotidien du service depuis 1800, tandis que les défis logistiques se situent principalement dans les chapitres consacrés à la gestion du personnel et des bâtiments. Les missions et les compétences (légales) des Archives de l'Etat ressortent clairement dans les rubriques consacrées à la surveillance archivistique, à l’acquisition et à la perte d’archives, à l'ouverture à la recherche et à la gestion au niveau des fonds et du dépôt, à la consultation en salle de lecture et à distance, et enfin aux activités destinées au public et aux projets. Au cours de deux siècles d’exercice de leurs missions, on constate clairement des évolutions dans les priorités, les intérêts et l’approche.
Qu’est-ce qui rend ce fonds d’archives particulier ? Non seulement son caractère quasi exhaustif est remarquable, mais les archives statiques des Archives de l’État à Gand présentent encore plusieurs dimensions supplémentaires. Tout d’abord, il s’agit bien sûr d’archives institutionnelles, caractérisées par définition par une structure relativement rigide. Deuxièmement, il y a la notion d’« histoire des sciences ». Non seulement les archives propres des Archives de l’État à Gand illustrent plus de deux siècles de pratique historique (du point de vue des utilisateurs), mais elles reflètent également la naissance et le développement de l’archivistique en tant que discipline scientifique à part entière.
Une dernière dimension de fond est tout à fait propre aux Archives de l’État à Gand. L’institution a bien sûr toujours veillé à la conservation du patrimoine archivistique, mais elle s’inscrivait également dans un patrimoine immobilier unique : le château de Gérard le Diable (Geraard de Duivelsteen). En termes actuels, ce bâtiment n’était pas adapté pour servir de lieu de conservation des archives. Il avait certes été réaménagé à cette fin, mais ses espaces étaient extrêmement limités et ses possibilités de modernisation restreintes — en bref : les archivistes de l’État devaient prendre soin du bâtiment, mais avaient également du mal à s’en accommoder. Les archives illustrent cette lutte à travers des rapports, des photographies, etc., qui constituent en réalité un siècle des huit siècles d’histoire du Duivelsteen.
Pour les chercheurs, les étudiants, les passionnés de patrimoine et les simples curieux, cet inventaire offre un bel aperçu des coulisses. C’est l’histoire d’une institution qui évolue au rythme de la société, au gré des changements de cadres logistiques, institutionnels et législatifs — et cette histoire est désormais entièrement ouverte à la recherche, prête à être découverte.
L’inventaire
L’inventaire peut être consulté via le moteur de recherche en ligne AGATHA.
- SOMERS Annelies, VERFAILLIE Joke, (avec a collaboration de DE WORM Mathijs), Inventaris van het eigen instellingsarchief van het Rijksarchief Gent : Vanaf de oprichting tot het verlaten van het Geraard de Duivelsteen (1800-2015), série Inventaires Archives de l’Etat à Gand n° 187, Archives générales du Royaume, Bruxelles, 2026.













