Au cours des dernières années, le service Questions Financières Internationales et Européennes du SPF Finances a transféré plus de 120 mètres linéaires d'archives aux Archives générales du Royaume : un dossier papier témoignant de près de cent ans de relations financières et monétaires.
En juillet 1944, accompagné d'une petite délégation, Camille Gutt, ministre belge des Finances, prit place à la table des négociations dans la petite ville américaine de Bretton Woods. Les négociations aboutirent à une intégration financière, monétaire et économique à l'échelle mondiale. Les deux institutions financières et monétaires multilatérales les plus importantes – mais non moins controversées – au monde virent le jour : le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. La multitude d’accords internationaux a contraint le ministère belge des Finances à créer, en mai 1948, un service spécialisé au sein de l’Administration de la Trésorerie : le service « Relations financières avec l’étranger ». Les collaborateurs de ce service ont littéralement parcouru le monde : des délégations ont conclu des accords bilatéraux de paiement et de commerce avec Paris, Oslo, Berlin et Moscou. Des représentants belges permanents ont même été délégués auprès de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international à Washington D.C.
Aux niveaux national, bilatéral et multilatéral : un service doté de nombreuses compétences
Les archives du service des Questions Financières Internationales et Européennes se prêtent à des recherches sur la place de la Belgique sur la scène économique, financière et monétaire mondiale de l'après-guerre.
Les missions du service étaient variées, comme en témoignent ces riches archives, mais elles peuvent néanmoins se résumer brièvement comme suit : la défense des intérêts financiers, économiques et monétaires de la Belgique. Au niveau national, le service était le conseiller de plusieurs institutions chargées de promouvoir l'exportation de biens et de services belges, telles que le Ducroire et Creditexport, l'agence belge de crédit à l'exportation. La négociation et le suivi des accords bilatéraux de paiement et de commerce, ainsi que l’octroi de prêts d’État à d’autres pays, constituent le cœur des compétences bilatérales du service.
Les dossiers témoignent de la manière habile – et parfois rusée – dont les négociations étaient menées pour préserver les intérêts belges. Les accords d'indemnisation conclus par la Belgique dans les années 1960-1970 dans le cadre d'opérations de nationalisation à l'étranger constituent une particularité à cet égard. Les autorités belges ont ainsi pu obtenir une indemnisation pour des milliers de Belges qui avaient perdu leurs intérêts financiers, par exemple dans des entreprises roumaines.
Les dossiers relatifs au niveau multilatéral témoignent du rôle pionnier qu’a joué la Belgique dans le processus d’intégration européenne. En outre, ils mettent en évidence l’importance de la Belgique – avec ou sans l’intervention de la Banque mondiale et des « banques régionales de développement » – dans l’octroi d’une aide au développement à d’autres pays. Grâce aux conditions liées à ce soutien financier, la Belgique a pu continuer à se positionner - elle-même et son économie - sur la scène mondiale.
Étant donné que les crises politiques et économiques entraînent toujours des répercussions financières, les archives offrent un aperçu de l’attitude de la Belgique lors de moments de crise internationale, tels que la nationalisation du canal de Suez par le président égyptien Nasser ou l’effondrement du système de Bretton Woods en 1973, au moment de la crise pétrolière.
Le sous-fonds du Service du florin
Les archives de l'ancien Service du florin au sein de l'Administration de la Trésorerie constituent une curiosité au sein du fonds d'archives. À la demande du gouvernement néerlandais, les résidents belges avaient déposé, entre 1944 et 1946, plus de 45 millions de billets en florins. L'indemnisation des quelque 22.000 personnes lésées a mis du temps à se concrétiser. En effet, la Banque nationale néerlandaise s'était montrée trop stricte dans son évaluation. Ce n'est qu'après la conclusion d'un accord à Ostende en juillet 1950 que les choses ont avancé et que les Pays-Bas ont mis 9 millions de florins à la disposition du gouvernement belge.
Le Service du florin a procédé à l'évaluation des demandes d'indemnisation et a réparti les indemnités. En 1954, le service a été dissous et le service des Relations financières avec l’étranger a repris les dossiers en cours ainsi qu’une immense quantité de dossiers clôturés. Les dossiers de remboursement contenaient des informations et des preuves sur l’origine des florins. Certains les possédaient déjà avant la guerre ou avaient dû les accepter sous contrainte en échange de réquisitions allemandes, d'autres les avaient reçus de résistants, de soldats britanniques en fuite ou de militaires américains de passage.
Le Service du florin n'a certes pas eu une longue existence, mais ses archives regorgent d'histoires passionnantes !
L’inventaire
De L’inventaire peut être consulté gratuitement via les liens ci-dessous.
DE REU Pieter, GHEYSENS Valerie et VROMAN Ciel (en collaboration avec LANNOO Kenzo, MERLIER Eli et VAN DAMME Jonathan, Inventaris van het archief van de FOD Financiën : Algemene Administratie van de Thesaurie : Dienst Internationale en Europese Financiële Aangelegenheden (1924-2015), série Inventaires Archives générales du Royaume n°733, publication n° 6669, Archives générales du Royaume, Bruxelles, 2026.






