En décembre 2025, les Archives de l’État à Namur ont pu récupérer, sans difficulté, un document mis en vente aux enchères par une salle privée. Derrière l’intitulé « Registre de sire Gille Burdinne » se cachait, en fait, un obituaire de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Namur datant de la première moitié du XVIe siècle.

Mais qu’est-ce qu’un obituaire ?
Un obituaire est un document nécrologique devant servir à administrer la prière pour les défunts. Ces livres d’archives fonctionnent en quelque sorte comme un calendrier perpétuel : en regard de chaque jour de l’année, on indique le nom des personnes pour l’âme desquelles on doit prier à cette date-là. En outre, les raisons de l’inscription du nom dans l’obituaire sont parfois précisées (donation, parenté avec un membre de la communauté, etc.).
En vertu du décret révolutionnaire de nationalisation des biens ecclésiastiques du 2 novembre 1789, ce document issu des archives de la cure de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Namur constitue par nature un document relevant des archives publiques appartenant à l’État. Le document a donc été récupéré chez le vendeur pour rejoindre le fonds d’archives de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Namur aux Archives de l’État à Namur.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais…
Lorsque le volume est arrivé, il est rapidement apparu que des fragments d’un texte littéraire médiéval avaient été collés sur les plats de reliure de l’obituaire. Grâce à l’aide de Remco Sleiderink (Universiteit Antwerpen), ces fragments difficilement lisibles ont pu être identifiés : il s’agit d’extraits du « Conte du Graal », célèbre roman arthurien dans lequel Chrétien de Troyes narre la quête du Graal par Perceval.
Si la surprise est belle, les fragments n’étaient toutefois pas totalement inconnus, dans la mesure où ils avaient été observés dès 1970 par le philologue belge Omer Jodogne (1908-1996), à une époque où le manuscrit se trouvait encore dans une collection privée.
Cet exemple souligne toute l’importance du travail de veille à réaliser sur les sites de ventes aux enchères : cette tâche essentielle mais chronophage permet en effet le retour dans la sphère publique de documents présentant une grande valeur patrimoniale.






