Depuis la création du musée STAM en 2010, les Archives de l'État à Gand collaborent étroitement avec cet établissement. Au cours des 15 dernières années et presque sans interruption, au moins une pièce des Archives de l'État à Gand a été exposée au STAM. Un document particulier viendra bientôt s’ajouter à la liste. Lors de l'exposition permanente « L'histoire de Gand », un exemple remarquable de fausses nouvelles médiévales, et même d’une forme précoce de culture de l’effacement, pourra être admiré de novembre à début mai 2026.
Il s'agit d'un acte de Lothaire (941-954/986), roi de Francie occidentale. À la demande du comte de Flandre Arnulf Ier dit « le Grand » (889-918/965) et de son fils Baudouin III (940-958/962), Lothaire y confirme la nomination des moines de Saint-Bavon, sous la direction de l'abbé Womar. L'abbaye avait été récemment refondée après les invasions normandes et la fuite vers Laon qui s'ensuivit dans la seconde moitié du IXe siècle. Le document stipule également que l'abbé sera désormais élu par les moines eux-mêmes.
Comment ça, infox ?
Le document est un faux ou pseudo-original, une contrefaçon qui reprend les caractéristiques d'un document original. Les caractéristiques typiques de la chancellerie carolingienne ont été imitées, mais la finition est négligée. Par exemple, les longues tiges des lettres semblent peu uniformes et le texte REGIS GLORIOSISSIMI est écrit de manière très tremblotante et irrégulière. De plus, la police de caractères de la dernière ligne est la même que celle du reste du texte, ce qui était inhabituel pour ce type de chartes.
Cancel culture ?
Au XIe siècle, plusieurs mots ont en outre été recouverts d'une encre plus foncée. Plus grave encore, le nom de l'abbé Wido a été rayé (« effacé ») et remplacé par « Womarus ».
Pourquoi procéder à une telle intervention plusieurs siècles après les faits ?
Tout cela était lié à la réputation de Wido. Il fut nommé abbé de Saint-Bavon en 953, après avoir été démis de ses fonctions à l'abbaye de Saint-Bertin (aujourd'hui à Saint-Omer, en France) pour mauvaise gestion.
Il est important de savoir que cet épisode s'est déroulé à l'époque de la lutte acharnée pour le prestige entre les abbayes de Saint-Pierre et Saint-Bavon, Saint-Pierre prenant le dessus grâce au soutien des comtes flamands. Le faux document est daté du Xe siècle, et a probablement été rédigé par un moine de Saint-Bavon lui-même afin de préserver l'indépendance de cet établissement vis-à-vis des moines de l'abbaye rivale de Saint-Pierre. Pour comble de malheur, Wido fut remplacé en 965 par l'abbé de Saint-Pierre, Womarus, ce qui équivalait à une dégradation explicite.
Au fil des siècles, les deux abbayes ont largement recouru à la falsification dans le cadre de leur rivalité mutuelle, afin de prendre le dessus l'une sur l'autre. Il en résulte un exemple de « culture de l’effacement » avant la lettre : dans l'historique de l'abbaye Saint-Bavon, on veillait à éviter autant que possible le nom de l'abbé contesté afin de redorer le blason. Wido a été remplacé dans la mesure du possible par Womarus, comme si son abbatiat n'avait jamais existé. Les chercheurs ne s'accordent d'ailleurs pas sur la question de savoir s'il ne s'agissait pas d'une intention délibérée d’effacer ostensiblement le nom afin d'accroître encore la honte de Wido. Le scribe du XIe siècle qui s'est chargé de cette tâche a toutefois oublié de modifier la note dorsale, où le nom de Wido (Uuidonis abbatis) a été conservé…
Une transcription du document peut être consultée via la base de données en ligne Diplomata Belgica (n° 1190).






